Passé recomposé

Espace Magh, 2020

© Ichraf Nasri

Faire un portrait c’est donner une image précise de quelqu’un. S’il s’agit à la base de coller le plus près possible à une physionomie, le tour de force est de condenser autant de facettes possibles d’un personnage en un espace réduit. La posture, le regard, les couleurs, les objets qui forment la composition sont autant de chapitres d’une biographie. Mais comment faire un portrait conjugué au passé ? Le risque est de tomber dans l’archive. Or la culture du Maghreb est une culture vivante. Le projet « Grandes Figures du Maghreb » d’Ichraf Nasri s’est tout naturellement transformé en une recherche ludique où des personnalités du passé dialoguent avec des acteurs et des actrices contemporaines qui leur prêtent leurs traits. Le sous-titre de l’exposition “Passé-recomposé” ne laisse pas de doute sur la dimension théâtrale de ces portraits. L’Histoire politique et artistique nous nourrit constamment, mais nous n’y avons accès qu’au travers de récits et de reconstructions et certaines histoires laissent plus de traces que d’autres. Il faut prendre “recomposer” à deux niveaux : réarranger artistiquement mais aussi reconstruire ce qui a été détruit, rendre lisibles des pages décomposées. De nombreux facteurs expliquent que le Maghreb a oublié son passé, et la colonisation fut sans nul doute le plus destructeur. En occultant la culture de l’autre, l’Europe a choisi de devenir elle-même amnésique et de se priver de la richesse d’un patrimoine humain. Pour l’artiste, le choix des figures de cet héritage fut crucial. Mais le défi de trouver des femmes dont les traces furent aussi prégnantes que celles de Kateb Yacine ou Abou El Kacem Chebbi fut encore plus grand. Les récits des vies de Bchira Ben Mrad, Fatima Mernissi ou Saïda Menebhi n’ont pas été écrits, ou alors ils sont parcellaires, effacés. Ichraf Nasri elle-même en tant que femme et artiste Maghrébine n’a pas grandi en s’identifiant à ces figures de femmes fortes. La recherche qu’elle a menée pour réaliser cette série de portrait fut une véritable anamnèse.


Scénographie et costumes : Moni Wespi
Lumières : Fiona Crott
Avec la participation de 8 acteurs et actrices Bruxellois.e.s